Déclarer des dégâts de gibier : procédure et conseils pour indemnisation

L’indemnisation des pertes agricoles causées par le gibier n’est jamais automatique, même lorsque les dégâts sont manifestes. Seule une déclaration en bonne et due forme auprès des autorités compétentes peut ouvrir droit à une compensation, mais la moindre erreur dans la procédure suffit à voir la demande rejetée.

Des délais précis, des formulaires spécifiques et des expertises sur place rythment cette démarche, souvent méconnue ou redoutée par les exploitants. La législation impose des étapes strictes et laisse peu de place à l’improvisation, rendant chaque détail déterminant pour l’obtention d’une indemnisation.

Dégâts de gibier : un problème récurrent pour les agriculteurs

La faune sauvage participe à l’identité des campagnes, mais sa présence est loin d’être neutre pour les professionnels de la terre. Sangliers, cervidés, chevreuils, lièvres : ces animaux ne se contentent pas de traverser les champs, ils les marquent, parfois au point de mettre en péril des récoltes entières. Les chiffres communiqués par les fédérations départementales de chasseurs sont sans appel : les dégâts de gibier progressent d’année en année, avec des conséquences concrètes pour les exploitations agricoles touchées. Parfois, ce sont plusieurs hectares qui se trouvent compromis, mettant à mal l’équilibre financier des agriculteurs concernés.

Pour donner un aperçu des situations rencontrées sur le terrain, voici les types de dégâts le plus fréquemment relevés :

  • semis retournés par des sangliers,
  • céréales couchées,
  • maïs ravagé,
  • prairies piétinées ou retournées,
  • jeunes plants arrachés.

Le phénomène touche indifféremment les grandes cultures (blé, orge, maïs) et les prairies utilisées pour le fourrage. Les surfaces en oléagineux ou protéagineux enregistrent elles aussi leur lot de sinistres. Rien d’étonnant alors à ce que la vigilance soit de mise, surtout lors des saisons les plus sensibles. Car la pression exercée par la faune sauvage ne tombe jamais au hasard : elle atteint son pic au printemps et à l’automne, lorsque les ressources alimentaires naturelles se raréfient et que le gibier se rapproche des cultures. Les dégâts de gibier imposent désormais une gestion du risque à part entière, bien au-delà des solutions dissuasives classiques. Ce n’est plus seulement une question de traces dans la boue ou de quelques épis manquants : c’est une réalité structurelle que l’agriculture française doit intégrer.

Quels sont vos droits face aux pertes causées par la faune sauvage ?

Solliciter une indemnisation pour les dégâts de gibier, c’est suivre une procédure encadrée par la loi. Toute exploitation agricole qui subit des pertes liées à la faune sauvage peut déposer une demande auprès de la fédération départementale des chasseurs (FDC). Cette structure pilote le dispositif d’indemnisation, en s’appuyant sur un barème national adapté à chaque type de culture ou de prairie concerné. Les céréales à paille, le maïs, les oléagineux et les prairies permanentes font chacun l’objet de grilles spécifiques.

La réalité du terrain amène chaque département à ajuster les montants proposés. Pour que la demande soit recevable, il faut signaler les dégâts à la FDC dans le temps imparti ; au-delà, l’indemnisation peut être revue à la baisse ou refusée. Après réception de la déclaration, la fédération mandate un estimateur chargé d’évaluer la perte et d’appliquer le barème d’indemnisation. Il arrive que les dommages soient jugés trop faibles pour déclencher une indemnité, notamment lorsque la parcelle concernée mesure moins d’un hectare.

L’État intervient principalement pour valider le barème et s’assurer du respect du cadre. Le financement repose sur la contribution des associations de chasseurs. Quelques situations particulières, comme les secteurs touchés par la tuberculose bovine ou couverts par un arrêté préfectoral, modifient les règles du jeu. Pour anticiper tout obstacle, il est recommandé de se rapprocher de la fédération départementale des chasseurs afin de connaître les modalités spécifiques et de préparer son dossier avec soin.

Les étapes clés pour déclarer et obtenir une indemnisation

La déclaration des dégâts de gibier obéit à une série d’étapes à respecter scrupuleusement. Dès que des dommages apparaissent sur une culture ou une prairie, la première démarche consiste à contacter sans tarder la fédération départementale des chasseurs (FDC). Le formulaire de déclaration de dégâts est généralement disponible en ligne, sur le site de la FDC, ou à retirer en mairie. Il faudra y indiquer la localisation précise, la superficie concernée, la nature de la culture et la date estimée du sinistre.

Après réception, la FDC missionne un estimateur qui se rend sur place pour constater les faits. Il examine méticuleusement les traces laissées par les animaux, l’ampleur de la récolte détruite et le stade de croissance des végétaux. Cette évaluation s’effectue à partir d’un barème officiel pour garantir une indemnisation équitable. Il faut savoir qu’en cas de pertes limitées ou de petites surfaces, le dispositif ne s’applique pas systématiquement.

Une fois l’expertise menée, un rapport est transmis à la commission départementale. Celle-ci valide ou ajuste l’offre financière. L’agriculteur garde la possibilité d’accepter, de refuser ou de solliciter une contre-expertise. Selon les cas, la MSA peut demander des éléments complémentaires, comme un justificatif de propriété ou un document d’exploitation. Les délais de traitement varient d’un département à l’autre, mais un suivi rigoureux et une réactivité constante mettent toutes les chances de son côté pour obtenir une réparation adaptée aux dégâts causés par la faune sauvage.

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Conseils pratiques et ressources pour faciliter vos démarches

Pour constituer un dossier solide, quelques réflexes font la différence. Chaque dégât de gibier mérite d’être documenté avec précision : photos à l’appui, relevé des dates, conservation de tous les éléments attestant de l’intervention. Cette rigueur facilite le dialogue avec la fédération départementale des chasseurs. En cas de situation inhabituelle, n’hésitez pas à solliciter la chambre d’agriculture ou l’APCA pour bénéficier de conseils personnalisés.

La prévention passe aussi par des outils éprouvés. Installer des clôtures électriques selon les recommandations du SDGC (schéma départemental de gestion cynégétique) permet de limiter les incursions de sangliers. Quant à l’agrainage, il peut réduire la pression sur certaines cultures agricoles, à condition d’être correctement encadré par un arrêté préfectoral. Chaque solution doit être évaluée au regard de ses effets à moyen terme sur l’équilibre des populations animales.

Lorsque les pertes concernent des prairies ou des céréales, le calcul de l’indemnisation dépendra de l’état de la parcelle et de la possibilité de ressemer. Si votre exploitation se situe en zone tuberculose bovine, une consultation auprès de la DDPP s’impose pour connaître les démarches à suivre.

Voici quelques ressources et démarches à envisager pour optimiser vos chances de succès :

  • Rapprochez-vous de la fédération départementale pour les barèmes actualisés.
  • Utilisez le site de l’APCA pour accéder aux formulaires et guides pratiques.
  • En cas de litige, demandez conseil à un syndicat agricole ou à un expert indépendant.

En s’appuyant sur les relais locaux et sur une organisation rigoureuse, chaque agriculteur se donne les moyens de limiter l’impact du gibier et de faire valoir ses droits. Face à la réalité du terrain, mieux vaut anticiper et agir, plutôt que de subir les conséquences d’une procédure bâclée. Les champs n’attendent pas, et les réponses institutionnelles non plus : à chaque sinistre, la réactivité reste votre meilleur allié.